Archivo de la etiqueta: Yves Bonnefoy

Yves Bonnefoy: Habla Douve (Douve Parle)

Pablo_Picasso,_1909-10,_Figure_dans_un_Fauteuil_(Seated_Nude,_Femme_nue_assise),_oil_on_canvas,_92.1_x_73_cm,_Tate_Modern,_London

Quelle parole a surgi près de moi,
Quel cri se fait sur une bouche absente?
A peine si j’entends crier contre moi,
A peine si je sens ce souffle que me nomme.

Pourtant ce cri sur moi vient de moi,
Je suis muré dans mon extravagance.
Quelle divine ou quelle étrange voix
Eût consenti d’habiter mon silence?

3 - braque 6_0002

¿Qué palabra ha surgido en torno a mí,
qué grito se construye en una boca ausente?
Apenas oigo gritar contra mí,
apenas siento el soplo que me nombra.

Y sin embargo el grito que hay en mí viene de mí,
he sido emparedado en mi rareza.
¿Qué voz insólita o divina
hubiera consentido vivir en mi silencio?

De Du mouvement et de l'immobilité de Douve (1953).
Versión de J.F.R.
Obras pictóricas de P. Picasso y G. Braque.

Yves Bonnefoy: Nombre verdadero (Vrai nom)

Yves Bonnefoy à Antibes en 1976

VRAI NOM

Je nommerai désert ce château que tu fus,
nuit cette voix, absence ton visage,
et quand tu tomberas dans la terre stérile
je nommerai néant l’éclair qui t’a porté.

Mourir est un pays que tu aimais. Je viens
mais éternellement par tes sombres chemins.
Je détruis ton désir, ta forme, ta mémoire,
je suis ton ennemi qui n’aura de pitié.

Je te nommerai guerre et je prendrai
sur toi les libertés de la guerre et j’aurai
dans mes mains ton visage obscur et traversé,
dans mon cœur ce pays qu’illumine l’orage.

man ray

NOMBRE VERDADERO

Yo nombraré desierto     el baluarte que fuiste,
diré noche a la voz     y ausencia a las facciones,
y cuando te derrumbes     sobre la tierra estéril
nombraré nulidad     el rayo que te lleva.

Morir es un lugar     que te agradaba. Vengo,
no obstante, eternamente     por tu camino oscuro.
Destruyo tu deseo,     tu forma y tu memoria,
pues soy el enemigo     que no tendrá piedad.

Yo te nombraré guerra y tomaré
en ti las libertades     de la guerra y tendré
en mis manos tu rostro     oscuro y arrasado,
en mi pecho el lugar     que alumbra la tormenta.

De Du mouvement et de l'immobilité de Douve, 1953.
Versión de J.F.R.