Archivo de la categoría: Francés

Shoshana Rappaport-Jaccottet: In abstentia

In abstentia. Rouge sang. Fin des jacinthes. Début du carnage. Rouge sang. Soumise aux effets délétères du retrait. Que chercher désormais sinon l’intranquillité ? (Replis des tisseuses lentes non Pénélope(s).) Voraces injonctions, armures bruissantes inutiles, révoquées les tentatives d’appoint, c’est le bazar sur toute la ligne. Quelle ligne ? Où se trouve le cadre ? Naïveté du genre. Le corps dans tous ses états. Fin des ébats. Rouge sang. Stupeur du sentiment, tel arrimage vif hors de la bande prospère. Zéro pointé. Les mots à l’affût. Sempiternelle question du lien, de l’attache. Tout fout le camp. Brutalité du beau mérite. Il n’y a de défaites que seul devant sa glace, dans sa conscience. Alors répéter en soi le geste, silencieusement. S’exercer à la solitude peuplée. (Éclipse du datif éthique.) La vérité de l’existence, c’est l’existence, n’est-ce pas ? Il faut déplier ce qui peut l’être. S’acharner. Mais où ? Et dans quel but ?
Est-ce de cela qu’il s’agit maintenant ? Au jour défait du jour ? Que dire de la pâture exquise, de la saveur évanouie du présent simple ? (Accepter l’absence, redoutable épreuve.)
N’être rien, et tenir. La jeunesse est belle. (Dans l’instant fugitif, tout parle de jouissance.) Tous les matins d’été ont l’air d’être les premiers du monde. Mais ensuite ? Disparaître furtivement sans forces pour l’exégèse ? Ou s’envoler à l’appel des terres lointaines ? Se distraire. Où sont les vertus conquérantes, mélancoliques de l’esprit ? Tout est à faire. Soit. (Une vague de vie parcourt la phrase.) Il n’y a pas de honte à être heureux. Retrouver sa mesure profonde. Devenir. Qu’importe l’éternité.

Joseba Eskubi, Insomnia (2011)

          In abstentia. Roja sangre. Fin de los jacintos. Inicio de la matanza. Roja sangre. Sometida a los efectos funestos de la retirada. ¿Qué buscar a partir de ahora si no la intranquilidad? (Pliegues de tejedoras lentas no Penélope(s)). Voraces exhortaciones, armazones resonantes inútiles, una vez revocadas las pruebas auxiliares, un barullo en toda regla. ¿Qué regla? ¿Dónde está el marco? Ingenuidad por el estilo. El cuerpo en todas sus formas. Fin de la broma. Roja sangre. Estupor de la emoción, ese ensamblaje vivo fuera de la cinta próspera. Apuntando al cero. Las palabras al acecho. Sempiterna cuestión del vínculo, de la atadura. Todo se va al traste. Brutalidad del noble mérito. Las únicas derrotas se dan estando solo frente al espejo, en la conciencia. Entonces repetir dentro de sí el gesto, en silencio. Ejercitarse en la soledad habitada. (Eclipse del dativo ético). La verdad de la existencia es la existencia ¿no? Hay que desplegar aquello que puede serlo. Afanarse. ¿Pero dónde? ¿Y con qué fin?

          ¿En eso consiste ahora? ¿En el día rendido del día? ¿Qué decir del pasto exquisito, del sabor desvanecido del presente simple? (Aceptar la ausencia, temible prueba).

          No ser nada, y aguantar. La juventud es hermosa. (En el instante fugitivo, todo habla del placer). Todas las mañanas de verano parecen las primeras del mundo. Pero ¿y luego? ¿Desaparecer furtivamente sin fuerzas para la exégesis? ¿O esfumarse al reclamo de tierras lejanas? Distraerse ¿Dónde están las virtudes conquistadoras, melancólicas de la mente? Todo está por hacer. Sea. (Una ola de vida recorre la frase). No hay vergüenza en ser feliz. Recuperar su medida profunda. Convertirse. Qué más da la eternidad.

De Milonga (2010).
Traducción de A.C.H.

Stéphane Mallarmé: Brisa marina (Brise Marine)

Obra de Joaquín Sorolla

Obra de Joaquín Sorolla

BRISE MARINE

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux!
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature!
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs!
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots!

BRISA MARINA

NNLa carne es triste, sí, y yo he leído ya todos los libros. Huir, huir sin más, pues siento que los pájaros van ebrios de estar entre los cielos y la espuma. Nada, ni los jardines viejos reflejados por los ojos, retendrá un corazón mojado ya en el agua, oh noche, ni la claridad desierta de mi lámpara sobre un papel vacío que defiende su blancura, ni la joven muchacha que amamanta a su bebé. ¡Me marcharé! ¡Mueve tu mástil, nave, leva tus anclas hacia un paraje exótico! ¡El aburrimiento, por esperanzas crueles desolado, cree aún en el supremo adiós de los pañuelos! Y pues, tal vez, los mástiles invitan las tormentas, son ellos los que el viento inclina hacia los náufragos perdidos, sin mástiles, sin mástiles, sin fértiles islotes… Mas oye, corazón, ¡escucha el canto de los marineros!

De Brise Marine (1865).
Versión en prosa de Juan Fernández Rivero.

Joseph Danan: Jojo el reincidende (Dos escenas)

Prise de parole

Entre une femme qui tient un enfant (Jojo) par la main.
Elle s’approche du public.
A l’avant-scène il y a un micro sur pied.
Elle s’approche du micro et sort une feuille de papier
pliée en quatre de sa poche.
Elle va parler.
L’enfant s’empare du pied.
Il règle le micro pour le mettre à
sa propre hauteur et l’orienter vers lui.
Il sort une feuille de papier pliée en huit
de sa poche.
Il ouvre la bouche, il va parler.
Sa mère lui donne une gifle.
Elle règle à nouveau le micro à sa hauteur
et l’oriente vers elle.
Elle va parler.

Noir.

 

Turno de palabra

Entra una mujer que lleva a un niño (Jojo) de la mano.
Se acerca al público.
En el proscenio, hay un micrófono sujeto por un pie.
Ella se acerca al micrófono y saca una hoja de papel
de su bolsillo doblada en cuatro.
Va a hablar.
El niño se apodera del pie.
Ajusta el micrófono para ponerlo a
su altura y orientarlo hacia él.
Saca una hoja de papel doblada en ocho
de su bolsillo.
Abre la boca, va a hablar.
Su madre le da una bofetada.
Ella arregla el micrófono y lo pone a su altura
y lo orienta hacia ella de nuevo.
Va a hablar.

Oscuro.

Jojo_recidiviste_grand

Fotografía de una representación de “Jojo” en Francia.

Babel

Jojo le bâtisseur.
Il empile tables et chaises précautionneusement et avec art.
Il en empile un maximum aussi haut qu’il le peut.
Entre sa mère.
Elle regarde l’empilement.
Regarde Jojo, qui la regarde.
Elle regarde à nouveau l’empilement.
Jojo regarde lui aussi l’empilement.
Elle s’approche de Jojo et le gifle.
Puis elle entreprend de défaire l’empilement,
Précautionneusement.
Quand elle a fini, elle s’approche de Jojo et menace de le gifler,
puis se ravise et sort.
Au bout d’un temps
assez long,
pendant lequel il regarde
dans la direction
où elle est partie,
Jojo recommence tranquillement
Ses travaux d’empilement.

Noir.

 

Babel

Jojo el constructor.
Apila mesas y sillas con precaución y con arte.
Apila el máximo de mesas y sillas tan alto como puede.
Entra su madre.
Mira la pila.
Mira a Jojo, que la mira a ella.
Ella mira de nuevo la pila.
Jojo mira la pila también.
Ella se acerca a Jojo y lo abofetea.
Después, ella empieza a desmontar la pila
Con precaución.
Cuando ha terminado, se acerca a Jojo y lo amenaza con abofetearlo,
después se echa atrás y sale.
Después de bastante tiempo,
Durante el cual él mira
la dirección
en la que ella se ha ido,
Jojo comienza otra vez con tranquilidad
sus obras de apilamiento.

Oscuro.

Título original de la obra: "Jojo le récidiviste" (2006).
Escenas traducidas por Álvaro Prados con permiso del autor.
Copyright (C) de Joseph Danan y Álvaro Prados (trad.).